02.11.2009
Une rencontre inattendue
Dimanche 1er novembre 2009 – Paris – Rue de Verneuil. Je vois un enfant dans les dix ans qui tient un grand carnet dans ses mains, il est par terre ; adossé à la façade taguée du 5 bis, ancienne maison des Gainsbourg oblige. Il n’a pas l’air mal vêtis et ses chaussures sont cirées, il n’est donc pas un enfant des rues d’après ce que je vois. Personnellement, lorsque j’étais enfant, je n’aimais pas que les adultes adoptent un tutoiement paternaliste à mon endroit, dès lors je me me dois de mettre en application ce principe lorsque je m’adresse à un enfant. Je m’approche donc du jeune homme et entame une conversation.
- Bonjour, j’imagine que vous êtes un fan de Serge Gainsbourg ?
- Pas réellement me répond-t-il.
- Et vous savez que vous êtes adossé à sa maison en ce moment même ?
- Oui, oui mes parents connaissaient bien la famille et ils m’avaient montré l’endroit plusieurs fois
- Alors c’est un hasard si vous créez justement ici ?
- Oui et non, ça donne un relief contextuel à mes créations, une sorte d’épaisseur si vous préférez.
- Dites moi vous vous exprimez drôlement bien pour un jeune homme, ça n’est pas dans l’air du temps où les jeunes ont plutôt tendance à parler comme M-Pokora
- Je ne me sens pas réellement en adéquation avec mon époque figurez-vous, je m’attarde plus volontiers sur les existentialistes allemands ou sur l’école flamande du XVIème que sur les clips d’NRJ12.
- Et vos parents vous encouragent dans cette voie j’imagine
- Je pense en effet qu’ils m’y encourageraient s’ils étaient encore de ce monde.
- Excusez-moi je suis désolé, voilà un accident de la vie terrible à un si jeune âge.
- Si vous considérez le régime national socialiste comme un accident de la vie alors oui.
- Mais le national socialisme n’a plus cours aujourd’hui, le régime Nazi a été dissous en 45 à la fin de la deuxième guerre mondiale.
- Il est vrai.
- Je ne comprends pas grand-chose à tout cela, je dois vous dire.
- J’avoue être un peu perdu moi-même.
- Vous allez rester ici longtemps ?
- Jusqu’à ce que l’inspiration me vienne.
- Vous écrivez ?
- Non en réalité je dessine, étant un inconditionnel de Velasquez, j’essaye de lui emprunter quelques traits mais c’est extrêmement difficile d’imiter le génie.
- Vous n’écrivez jamais ?
- Ah si mais en la matière j’ai le même problème quand on lit Dostoïevski ou Zweig, comment écrire ensuite ?
- Et vous avez une autre passion ?
- Oui, la musique, la grande musique mais c’est la même chose, je ne peux composer des airs au piano après avoir écouté Rakhaminov.
- Alors comment allez-vous régler ce dilemme ?
- Je pense du coup écrire des chansonnettes, ça n’est pas satisfaisant mais au moins j’ai l’impression de ne pas fouler le sacré avec mes godasses, c’est une farce et en fait je crois que la vie en est une belle.
- Vous avez une vision assez pessimiste du monde, à un si jeune âge c’est dommage non ?
- Nietzche disait que le positivisme était une pensée pour les sots, je partage l’analyse.
- Je dois y aller mais j’ai beaucoup apprécié cette conversation jeune homme, avant de partir puis-je faire quelque chose pour vous ?
- Pouvez-vous aller me chercher un paquet de Gitanes s’il vous plaît ?
- Mais vous ne fumez pas déjà quand même ?
- C’est là le moindre de mes vices cher Monsieur mais je vous remercie de vous soucier de ma santé.
Puis quand je suis parti et que je me suis retourné une dernière fois, évidemment il avait disparu…C’est tout de même hallucinant d’avoir pu converser avec le fantôme petit de Bézu !
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19.01.2009
BREL ou BRASSENS ?
Pourquoi, au fond, les amateurs de Brel ne pourront jamais totalement rencontrés les amateurs de Brassens. Il est bien évidemment tout à fait possible d’avoir chez soi et un disque de Brel et un disque de Brassens et d’écouter avec le même plaisir l’un ou l’autre mais attention, je ne traite pas ici de l’amateur dégagé qui écoute l’un et l’autre comme on peut écouter Dassin, Julien Clerc ou Michel Berger. Non, je parle de celui qui aime, écoute, réécoute, pleure en répétant « Non Jeff t’es pas tout seul » ou va dans le dictionnaire latin-français pour essayer de comprendre la définition exacte de « fluctuat nec mergitur », celui qui rêve des Marquises ou celui qui est bien auprès de « son arbre », celui qui dit ce qu’il pense et celui qui n’arrive à ne l’écrire qu’à 10 000 kilomètres dans une lettre qui sent le rhum. Celui qui aime les chats indépendants et celui qui aime les chiens fidèles et rassurants. Celui qui savoure et celui qui s’absorbe. Il en est de Brel et de Brassens comme de la construction difficile des valeurs menant à la sérénité pour l’un et à l’alternance de l’euphorie et de l’angoisse du vide pour l’autre. Le sommet et le puits abyssal connu le même jour pour le grand Jacky, une ligne de flottaison pérenne pour le pépère Brassens. Dès lors, d’un point de vue purement psychiatrique, on peut en connaître beaucoup sur quelqu’un en lui posant la simple question suivante, s’il ne devait y en avoir qu’un, qui de Brel ou de Brassens ? Bien sûr actuellement les réponses tendront irrémédiablement vers Brel car il semble plus contemporain, plus en adéquation avec les euphories immédiates liées à nos vies quotidiennes, plus dans l’hystérie et les excès, plus dans le romantisme déchiré. Brassens, vu de loin n’apparaît que comme un poète tranquille aux plaisirs simples, doté d’une grande confiance en soi qui lui évite les écueils de la quête chimérique de la gloire et des honneurs, une amitié qui s’acquiert avec le temps et non en un soir accoudé au comptoir, une grande pudeur et un sens du temps qui passe en continue. Brassens incarne donc le refus des grandes envolées éphémères et illusoires, il n’incarne pas une étoile filante au destin tragique dont raffole les grands films hollywoodiens, il était un homme simple avec une guitare et des beaux textes qui parlaient de la vie avec poésie pour ses amis. En ce sens, il était aux antipodes des télés crochets d’aujourd’hui, des effusions de larmes, des amitiés sans lendemain, du sensationnel en tube tant vanté en ces temps, il se contentait de plaisirs simples avec des gens simples dans une maison non tape-à-l’œil, il était loin du gangsta-rap, des crises de larmes de Steevy dans le Loft, des émotions tragiques du petit Léandro, de la bouteille de Whisky mêlé de sang et de larmes de certains poètes de la rue, il ne cherchait pas la lumière mais le bien-être paisible et en ces temps, ça n’est pas très « glamour », ça n’est pas très Amy Whinehousien, ni Keith Richardien, ni Jim Morrissonnien, ni Brélien non plus. Alors à la question êtes-vous plutôt Brel ou plutôt Brassens, que répondez-vous ?
Personnellement, je préfère Brel : et merde…cela dit mon Blog s'appelle Border Line et non "Hommage à Philippe Delerme" !
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11.12.2008
VOCATION LOUPEE
Une légère brise souffle sur ma nuque longue. La foule réclame mon riff à la Pat Smear, je vais leur en donner pour leur argent. J’attaque par un la barré dont je donne un son distordu par ma dernière pédale wa-wa, ils sont fous, putain la soirée va être longue. Le chanteur, une sorte de fils à papa, bourgeois parisien à la méche rebelle qui se défonce au poppers et à la vodka, persuadé d’être la réincarnation de Kurt Cobain, entame le lyric d’ « Okinawa song », écrite par votre serviteur un soir de trip sous opium. Je n’ai pas un gramme de voix, ce qui me meurtri, sans ça , je me passerai bien de cette ersatz sans charisme. L’autre jour, il a dit à un journaliste : « Fuck la guerre ! » et a pris ensuite son air fier comme s’il venait de dire un truc malin et hyper subversif ! C’est juste un gros blaireau qui se tartine les morues style « Fan de » qui viennent admirer sa barbichette de frimeur dans des Formule 1 de bordure d’autoroute. Et dire que quand je l’ai rencontré, Bastien, c’est le prénom de ce tocard, adorait la danse et Dire Strait ! Maintenant, il ne jure que par les « Zindés » comme il les appelle ce tas de merde. Bref, de toute façon, je n’ai même pas besoin de penser à ce que je fais quand je joue parce que le riff est somme toute assez épuré : LA RE DO MI Mineur et FA…en boucle…et en boucle…et en boucle…L’opium ne m’a pas aidé à réinventer la musique ce jour là, c’est évident. Là je regarde le batteur, lui je l’ai connu en 2ème année de fac de maths, je l’ai toujours trouvé très très lourd ! Il me récite les blagues de CAUET de temps en temps, oui parce qu’il enregistre les émissions et me ressort mot à mot les « vannes » de CAUET et après il part sur un long laïus gras sur les « loches » de Cécile de Ménibus…Mais il joue bien, faut le reconnaître, pas toujours en finesse (on a tendance à jouer comme on pense) mais, je dois l’avouer il a une bonne rythmique. En fait dans ce groupe de peigne culs, il n’y a que le bassiste qui vaille la peine. Là il s’est mis à la colle avec une radasse qui nous pollue la vie à nous suivre partout en tournée, c’est simplement le problème. Vu qu’en plus cette ancienne mondaine d’école de communication basse zone, pense être une valeur ajoutée en termes de marketing, c’est elle qui s’adresse maintenant directement à l’attaché de presse. L’autre jour, cette pistache moisie a même voulu toucher à mes cheveux ! Heureusement que Christophe a compris qu’il ne fallait pas qu’elle insiste sinon je me l’emplâtrais contre le mur cette pouf ! En fait, vivement que je me barre de ce groupe à la noix, plagiant sans complexe Nirvana, les Meat Puppets et Sonic Youth et que je m’adonne à ma passion…en réalité je rêve de devenir huissier de justice mais ça va être difficile à avouer…
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18.08.2008
La révolution culturelle a un son : François Feldman.
Sur 18 personnes combien pensez-vous qu’ils aient de chance de voir François Feldman en concert ? Réponse : 0.014 %. Je trouve ça proprement scandaleux. Tout le monde devrait pouvoir twister sur les « Valses de Vienne », « Joue pas » ou « Petit Franck »…Mais qu’est-ce que c’est que cette oligarchie où seuls les riches ont droit à 148 minutes de pureté musicale ! J’en appelle à votre sens civique ou à votre Honda 5 portes et à pénétrer de force dans les enceintes de la salle Jean-Martial PUBLIN à DOIZAL dans le Sud Cantal où il se produira jeudi en 10. La révolution passera par DOIZAL comme a déclamé un jour Patrick PURGIDARD, un grand poète local ; la révolution a un visage, la révolution porte un nom : FELDMAN !
Et je suis peut être un peu trop rêveur mais après tout, rien ne m’en empêche mais j’imagine un monde où les hommes seraient bercés par le rythme doucereux de « LE MAL DE TOI » en regardant très loin dans le ciel, une légère brize soufflant dans les belles boucles brunes des enfants.
Vous pouvez adhérer à notre association FFNSMNLC* moyennant une participation symbolique de 627 € (dont 25 % défiscalisable).
Contactez Corinne au 0 800 720 720.
Et pour paraphraser le Maître : « Si tu ne joues pas avec François, François jouera pour toi ! »
* François Feldman Notre Sauveur montre nous le chemin
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